Morozov contre Yale / Metropolitan Museum

1933 :  Le gouvernement Soviétique vend à Stephen Carlton Clark par l’intermédiaire des galeries Matthiesen (Berlin) et Knoedler & Compagny (New York) 2 tableaux de la collection d’Ivan Abramovitch Morozov nationalisée par Lénine en décembre 1918 :  « le Café de Nuit » de Vincent Van Gogh et « Madame Cézanne dans la serre » de Paul Cézanne.

1960, 17 septembre : Stephen Carlton Clark décède. Par testament il lègue « le Cafe de Nuit » à l’Université de Yale et « Madame Cézanne dans la serre » au Metropolitan Museum de New-york.

2009: La bataille judiciaire des héritiers d’Ivan Morozov pour récupérer les tableaux commence.

« le Café de Nuit » Vincent Van Gogh

Huile sur toile 72,4 x 92,1. Datée 1888.

Acheté par Ivan Morozov à l’exposition « Zolotoïe Rouno » (La Toison d’Or)

pour la somme de 3 000 roubles en 1908.

« Madame Cézanne dans le serre » Paul Cézanne

Huile sur toile 72 x 92 . Datée 1891.

Acheté par Ivan Morozov chez Ambroise Vollard

le 29 avril 1911.

« Les Chefs-d’œuvres vendus », l’histoire de la vente du « Café de nuit » et de « Madame Cézanne dans la serre » ICI

– En mars 2008, l’épouse de Pierre Konowaloff, Catherine, écrit au Metropolitan Museum et à l’Université de Yale afin d’obtenir des renseignements sur l’acquisition des tableaux par les 2 musées expliquant que la famille cherche à retracer les ventes :  » Dear Sirs, I’m looking for informations about the provenance of the Van Gogh « Night Café ». I already know that Mr Stephen Clark offered this painting to your museum, but I would like to know how and when he acquired it. This painting was previously in teh collection of husband’s great grand-father in Moscow (Ivan Morozov’s Collection). The hole collection was nationalized in 1918 by the bolcheviks and we are trying to understand how this Van Gogh Painting could leave USSR to USA and be owned by a private person. Thanking you in advance for your reply. Best regards. » Un mail identique est envoyé au MET. (à cette époque la famille n’avait encore que très peu d’informations sur l’histoire de ces 2 tableaux).

Le Metropolitan Museum répond assez rapidement . Une première fois:  » Dear Ms Konowaloff, I am pleased to respond to your inquiry. During the great depression teh Russian gevernment sold various works from the state collections, including « Madame Cezanne in the conservatory », from the Museum of Modern Art in Moscow, which was purchased by Stephen Clark, through the firm of Knoedler ans Co, New York, on May 9, 1933. Puis une seconde réponse :  » Regrettably, we do not have a copy of the invoice-or indeed, any fisrthand documentation (such as original correspondence, or a journal entry) – regarding Mr. Clark’s purchase of the portrait of « Madame Cézanne in the conservatory ». In looking through our files to properly answer your inquiry, I see that the information I was able to provide you, comes from a notation at the bottom of a fact sheet sent to us in 1963 from Clark Estates, which reads simply : « Purchase from Knoedler and Co, May 9, 1933 ».

L’Université de Yale repond une première fois :  » On vacantion until March 24, but will be happy to look into the provenance of the Van Gogh when I return« . Puis une seconde réponse le 29 avril :  » Dear Ms Konowaloff, Thank you so much for your patience regarding this matter. We have forwarded your request to the appropriate curatorial department, and hopfully someone will get back to you as soon as possible« .

– En mai 2008, le célèbre avocat et professeur de droit , Allan Gerson, se saisit du dossier afin de contester devant la justice américaine la légalité des ventes et demander la restitution des tableaux aux héritiers du collectionneur.Il prend contact avec les 2 musées. Immédiatement l’Université de Yale saisit la justice afin de contrer les futures prétentions de la famille du collectionneur spolié qui considère que les tablaeux ont été acquis illégalement par Clark, le « pillage » exercé par Lénine ne différant pas de celui exercé par les nazis :  » Yale doit dire ou est la différence! Moi je prétends qu’il n’y en a pas » écrit Allan Gerson.  Selon Tom Conroy,  porte-parole de l’Université, Yale est perdsuadée qu’elle est la propriétaire légitime du tableau et que le tribunal le confirmera. Jonathan Freiman, l’avocat de l’Université souligne que:  » même si la nationalisation menée par les soviétiques était contraire aux valeurs américaines, elle était légale …… je pense que le tribunal va voir que la plainte n’est pas recevable ….. une telle affaire aurait un impact énorme pour les musées, non seulement aux États-Unis mais partout dans le monde si Pierre Konowaloff obtenait gain de cause » . Selon le professeur de droit Patty Gerstenblith : « Les biens nationalisés à la Révolution ont été généralement considérés comme appartenant à l’URSS….. si Allan Gerson réussit, cela constituera une évolution intéressante de la jurisprudence vers la protection des œuvres d’art et de leur propriétaires« . Allan Gerson prépare la réponse à la procédure du Yale et entame une procédure contre le Metropolitan Museum.

– En première instance, les Cours américaines ont considéré que la réclamation était infondée et s’opposait à la doctrine d’état précisant que les tribunaux américains ne pouvaient extrapoler les politiques des États Souverains et que, par ailleurs, en 1918, le gouvernement américain n’avait pas reconnu l’État Soviétique (ce qui n’interviendra que le 16 novembre 1933).

–  Allan Gerson fait alors appel de ces jugements et décide de changer de tactique en laissant de coté la question de la nationalisation,  s’attaquant à la légalité des ventes et au montages frauduleux de leur acquisition par Clark. Toutefois pour la Cour d’Appel, le fait que Pierre Konowaloff ait abandonné le motif de l’expropriation de 1918 démontre qu’il l’accepte et qu’on ne peut donc poursuivre plus avant, toutes les requisitions devenant lettres mortes nulles et non avenues, confortant ainsi la position des musées et déboutant l’héritier d’Ivan Morozov.

– le 28 mars 2016, la Cours Suprème met un terme à la procédure en confirmant l’arrêt de la cour d’appel, déboutant définitivement Pierre Konowaloff de ses demandes.